Le projet porté par Giorgia Meloni vise à faire élire directement le président du Conseil par les électeurs. Il relève d’une révision de la Constitution, tandis qu’une loi électorale devra en préciser l’application. La réforme du mode de scrutin en Italie promet une majorité plus stable, après des décennies marquées par de fréquents changements de gouvernement. Elle ouvrirait aussi une redistribution sensible des rôles entre le Parlement, le chef du gouvernement et le chef de l’État. Le surnom de Melonellum, repris dans le débat public, désigne un ensemble encore incomplet plutôt qu’un système définitivement adopté.
En résumé
- L’élection directe du président du Conseil donnerait aux électeurs un choix plus lisible pour diriger le gouvernement.
- Une prime de sièges pourrait assurer une majorité parlementaire durable à la coalition gagnante.
- La réforme vise à limiter les renversements de gouvernement en cours de législature.
- Le texte réduit la marge de médiation du président de la République lors des crises politiques.
- Une majorité garantie peut affaiblir le poids des oppositions à la Chambre des députés et au Sénat.
- Les règles précises du vote, des listes et des seuils restent à fixer par une loi distincte.
Le Melonellum désigne un projet de premierat, pas une simple loi électorale
Le Melonellum n’est pas le nom officiel d’une loi. Il sert à qualifier le projet de « premierat », présenté par le gouvernement en novembre 2023. Son point central est l’élection directe du président du Conseil au suffrage universel.
Aujourd’hui, les électeurs choisissent les députés et les sénateurs. Le président de la République nomme ensuite le chef du gouvernement, qui doit obtenir la confiance des deux chambres. Le projet lierait au contraire le vote pour le dirigeant de l’exécutif et le sort de la coalition appelée à gouverner.
Parler de scrutin présidentialiste reste donc commode, mais imprécis. Le président du Conseil ne deviendrait pas un président de la République à l’américaine. Il resterait responsable devant les assemblées, dans un régime néo-parlementaire ou premierat conçu pour sécuriser son mandat.
Le fonctionnement du nouveau scrutin italien dépendrait d’une loi d’application
Le texte constitutionnel prévoit qu’une liste ou une coalition liée au président du Conseil élu dispose d’au moins 55 % des sièges. Cette prime majoritaire concernerait les deux chambres. Elle doit donner à l’exécutif une base de vote suffisamment large pour faire adopter son programme.
Les modalités restent toutefois déterminantes. Seuil d’accès au Parlement, répartition des sièges, coalitions avant ou après le vote et candidatures locales dépendent d’une future loi électorale. Le Parlement italien pourrait conserver une part de proportionnelle, comme dans les systèmes mixtes déjà utilisés dans le pays.
Le vote de préférence constitue un autre point de débat. Il permet à l’électeur de désigner un candidat sur une liste, plutôt que de s’en remettre au seul ordre fixé par les partis. Son maintien ou son aménagement influera directement sur l’autonomie des élus face aux directions partisanes.
| Modèle institutionnel | Choix du chef du gouvernement | Base de la majorité | Rôle du chef de l’État | Renversement du gouvernement |
|---|---|---|---|---|
| Système parlementaire actuel | Indirect, après les législatives | Négociée entre partis | Nomme et arbitre les crises | Possible par vote de défiance |
| Projet de premierat | Direct, le même jour que les chambres | Garantie minimale de 55 % envisagée | Pouvoir d’arbitrage plus encadré | Succession limitée à la majorité élue |
| Modèle semi-présidentiel | Président élu directement, Premier ministre nommé | Variable selon les législatives | Centre de l’exécutif en période de majorité présidentielle | Possible pour le gouvernement devant le Parlement |
La réforme italienne modifierait la relation entre majorité et gouvernement
Les conséquences institutionnelles de la réforme italienne se mesurent d’abord à cette garantie de sièges. Une coalition arrivée en tête pourrait obtenir la majorité absolue avec un score électoral inférieur à 50 %. C’est l’effet classique d’une prime, qui transforme une avance relative en capacité de gouverner.
Le projet cherche aussi à éviter les changements de majorité en cours de mandat. En cas de défiance envers le président du Conseil, les chambres ne pourraient soutenir qu’un parlementaire issu de la même majorité élue. À défaut, la dissolution deviendrait la voie probable.
Cette règle vise la stabilité gouvernementale. Elle réduit la possibilité de former, sans repasser par les urnes, une coalition parlementaire différente de celle choisie le jour du vote. Le Parlement conserverait son droit de censure, mais son usage entraînerait un coût politique plus élevé.
L’équilibre des pouvoirs en Italie serait le principal point de vigilance
L’équilibre des pouvoirs repose actuellement sur plusieurs contrepoids. Les deux chambres accordent la confiance, le chef de l’État désigne le président du Conseil et peut dissoudre le Parlement dans les cas prévus. La Cour constitutionnelle contrôle, elle, la conformité des lois à la Constitution.
Le projet modifie surtout la position du président de la République, traditionnellement garant des institutions. Son rôle de médiateur serait moins large si le chef du gouvernement tirait lui-même sa légitimité d’une élection nationale. Lors d’une crise, l’option d’un gouvernement technique ou d’un cabinet de compromis deviendrait plus difficile à envisager.
Le texte ne transfère pas pour autant tous les pouvoirs au président du Conseil. Les députés et sénateurs garderaient le vote des lois, du budget et de la confiance. La Cour constitutionnelle pourrait aussi être saisie sur les lois d’application. Le projet ne touche pas aux compétences régionales, y compris celles qui concernent la protection civile autour d’un volcan.
La révision constitutionnelle doit encore franchir plusieurs étapes
Une réforme de cette portée ne peut être adoptée selon la procédure ordinaire. Les deux chambres doivent voter le même texte à deux reprises, avec un délai minimal de trois mois entre les lectures. Une majorité des deux tiers lors de la seconde lecture évite un référendum confirmatif.
En dessous de ce seuil, un référendum peut être demandé par un cinquième des membres d’une chambre, 500 000 électeurs ou cinq conseils régionaux. La majorité parlementaire doit donc obtenir un accord politique solide ou convaincre directement les électeurs. L’étiquette de majorité parlementaire ne suffit pas à verrouiller une révision de la Constitution.
L’examen doit aussi séparer deux niveaux. La Constitution fixe le principe de l’élection et de la prime de sièges. La loi électorale déterminera ensuite le fonctionnement concret des bulletins, des circonscriptions et des candidatures. Cette seconde phase peut profondément changer les effets réels du dispositif.
Quels repères retenir pour juger le scrutin présidentialiste de Giorgia Meloni ?
Le premier repère est la source de la légitimité. L’élection directe donnerait au président du Conseil un mandat personnel plus clair, alors qu’il dépend aujourd’hui d’un accord entre partis. Le second concerne la représentation, car une prime de 55 % favorise la capacité de décision de la coalition gagnante.
Le troisième porte sur les crises politiques. Pour les électeurs qui privilégient des gouvernements durables, le premierat apporte un mécanisme de continuité. Pour ceux qui attachent la priorité au pluralisme et à la négociation parlementaire, le système actuel offre davantage de souplesse.
Aucun modèle ne s’impose en toute circonstance. Une réforme peut réduire l’instabilité sans assurer une politique plus consensuelle. La qualité de la loi électorale, l’unité des coalitions et l’indépendance des contre-pouvoirs détermineront l’effet concret de cette transformation.
Questions fréquentes sur la réforme du mode de scrutin en Italie
Le président du Conseil italien serait-il élu comme un président de la République ?
Non. Le projet prévoit l’élection directe du chef du gouvernement, pas celle du président de la République. Celui-ci conserverait son mandat de sept ans et ses fonctions constitutionnelles, même si sa marge d’arbitrage politique serait réduite.
Pourquoi parle-t-on de prime majoritaire dans le projet italien ?
La prime majoritaire donnerait au moins 55 % des sièges à la coalition liée au président du Conseil élu. Elle vise à éviter qu’un gouvernement directement choisi par les électeurs ne dépende ensuite d’alliances parlementaires instables.
La réforme supprimerait-elle le Parlement italien ?
Non. La Chambre des députés et le Sénat continueraient à voter les lois, le budget et la confiance. La réforme renforcerait toutefois la position de la coalition gagnante et limiterait les scénarios de remplacement du gouvernement sans nouvelles élections.
Le Melonellum est-il déjà entré en vigueur ?
Non. Le Melonellum désigne un projet de révision constitutionnelle qui doit suivre une procédure parlementaire renforcée. Une loi électorale distincte reste nécessaire pour organiser précisément le scrutin et la distribution des sièges.




